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 250 ans dans la vie des Vaudois

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karine73
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MessageSujet: 1775-Le-debut-de-la-grande-carriere-de-Jacques-Necker   Dim 06 Mai 2012, 22:15

250 ans dans la vie des Vaudois

1775: Le début de la grande carrière de Jacques Necker
Source 24 heures.ch
C’est un pamphlet qui assure l’ascension politique du Genevois Jacques Necker, le banquier de Louis XVI
[center]


Cette année-là...
23 janvier Première du Barbier de Séville, comédie de Beaumarchais, à Paris.
19 avril Bataille de Lexington et siège de Boston, coup d’envoi de la Guerre d’indépendance des Etats-Unis.
Mai Grande jacquerie en Bohême: des châteaux sont brûlés, des seigneurs assassinés.
Brésil L’esclavage des Indiens est aboli, remplacé par celui des Noirs de la colonie d’Angola.
Novembre Le gouverneur de Virginie promet l’affranchissement aux esclaves qui s’engagent dans l’armée britannique.



Onze mois après la mort de Louis XV, le règne de son petit-fils est pour la première fois troublé par des émeutes inquiétantes.
La politique économique de Turgot, auquel le jeune souverain a confié le contrôle général des finances, se fourvoie dans ce qu’on appelle la «guerre des farines»: hausse des prix des céréales en raison de mauvaises récoltes, donc hausse de celui du pain.
Dans ce contexte paraît à Paris, le 19 avril 1775, un Essai sur la législation et le commerce des grains, qui rend le libéralisme de Turgot responsable de cette déconfiture, car «contraire à une économie morale».
Ce brûlot, qui bat tous les records de vente, est l’œuvre d’un homme de 43 ans, Jacques Necker.
Un Genevois, ambassadeur de sa République à Versailles et qui fut, jusqu’en 1772, un banquier parisien de haut vol et même un syndic de la Compagnie des Indes, dont il ne put empêcher la dissolution. Il avait débarqué à Paris à 15 ans pour travailler à la banque Vernet, puis dans la maison Thélusson, où il devint riche à millions.

Grand argentier du royaume
Homme de chiffres, homme de lettres aussi, Necker avait déjà fait florès, deux ans auparavant, en publiant un Eloge de Colbert, couronné par l’Académie française, où il dressait le portrait d’un argentier idéal pour la France. Une préfiguration en filigrane de celui qu’il allait devenir à trois reprises, entre 1776 et 1790.
La grande Histoire relatera ses tribulations en cette période, la plus tourmentée du royaume: nommé directeur général des finances du royaume en 1776, il s’attire la haine des nobles, du clergé (d’autant plus qu’il entend rester protestant) et des parlementaires en créant des assemblées provinciales, en dénonçant les rentes exorbitantes versées aux courtisans, et en recourant à l’emprunt. Des mesures audacieuses qui
lui valent la sympathie du petit peuple et des roturiers, dont il agrandira la représentation lors d’une fameuse convocation des États généraux, en 1789.
Il va sans dire que cette chronique politique d’outre-Jura est suivie avec attention par les Genevois: Jacques Necker est un des leurs, sinon par son origine – son père était Brandebourgeois –, en tout cas par sa naissance. Les familles patriciennes du Pays de Vaud, encore sous joug bernois, ont l’œil rivé sur son épouse, née Suzanne Curchod, fille du pasteur de Crassier. Une Vaudoise avenante, spirituelle, qui s’était distinguée naguère dans les réunions mondaines les plus huppées de la rue de Bourg à Lausanne.
En tombant amoureuse éperdument, jusqu’à convoler officiellement, de ce généreux Crésus aux yeux doux, sensible comme elle aux arts et à la littérature, elle devient à Paris une «salonnarde», dans le sillage d’une Mme du Deffand ou de Mlle de Lespinasse. Elle accueillera un Marmontel, voire un Diderot.
Son mari, très accaparé par le service de Sa Majesté, n’y passe qu’en météore, car trop poursuivi par des solliciteurs qui le savent «en grâce royale».
Or celle-ci tombera désastreusement, par trois fois. De même que la populace à bonnet rouge finira par le renier: pour avoir perdu la maîtrise des finances, puis renoué avec les méthodes libérales de son vieil ennemi Turgot, il la décevra aussi. Enfin, son troisième et dernier rappel par Louis XVI, après la prise de la Bastille, ne lui est aucunement propice: éclipsé par Mirabeau et étourdi par les événements précipités de la Révolution, il retourne à Genève en 1790, pour finir ses jours dans sa propriété de Coppet, dans le Pays de Vaud, avec sa femme et sa fille, la future Mme de Staël.
Sa chère Suzanne expirera en 1794 à Lausanne, dans le castel de Beaulieu, en surplomb de la ville, racheté dix ans auparavant. Mais c’est dans le parc de leur château de Coppet, au fond d’un bosquet de hêtres, qu’il
l’inhumera dans une espèce de cuve de marbre noir emplie d’esprit-de-vin conservateur. Il la rejoindra en 1804. Lorsque, treize ans après, leur fille, la grande Germaine de Staël, sera ensevelie à leurs côtés,
l’étrange mausolée familial sera muré, devenant à jamais inaccessible au regard des mortels.

Source:
Une singulière famille. Jacques Necker, Suzanne Necker et Germaine de Staël, Jean-Denis Bredin, Ed. Fayard, 460 p.

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MessageSujet: 1774: La vie comme à Corcelles dans la «maisonnette»   Dim 06 Mai 2012, 22:13


250 ans dans la vie des Vaudois
1774: La vie comme à Corcelles dans la «maisonnette»
Source 24 heures

Cette année-là...


10 mai  Louis XV meurt de la variole. Son petit-fils, Louis XVI, monte sur le trône.
Littérature  Goethe publie Les souffrances du jeune Werther.
Pionnier  Rhode Island devient le premier Etat d’Amérique à abolir l’esclavage.
4 septembre  Le Britannique James Cook découvre la Nouvelle-Calédonie.
Guerres Alors que la Russie remporte le conflit face à l’Empire ottoman, elle doit affronter une guerre menée par les paysans révoltés contre le servage, réprimée par Catherine II.

Mademoiselle de Saussure, devenue Polier, dit beaucoup sur la région dans sa correspondance.

Louise-Honorée-Françoise de Saussure devenue Polier de Corcelles.


«Nous sommes tout à fait occupés de la Cour de France; ce jeune roy, ce renversement de tout ce qui étoit il n’y a que trois semaines en règne me fait une impression que je n’ay jamais éprouvée; les nouvelles particulières que nos François nous procurent nous rapprochent si fort de Paris, de Versailles, de Choisy qu’il me semble que c’est tout près; et ce qui s’y passe en devient plus intéressant; c’est comme un païsage rapproché…»

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les Romands se passionnent pour l’actualité française. En 1774 – Louis XVI, âgé de 20 ans, succède à son grand-père –, Louise de Corcelles envoie à ses amis Charrière de Sévery, en voyage en Allemagne, des lettres où elle raconte ce qui intéresse le cercle de leurs amis lausannois.

Visites et séjours de nombreux aristocrates français, anglais, allemands, pièces de théâtre que l’on s’amuse à monter entre amis, mariages, fêtes au bord du lac y prennent le pas sur la grande politique. Et c’est sa vie à la campagne, dans le Jorat, qui tient le plus au cœur de l’épistolière.

Fille du baron de Bercher, Louise-Honorée-Françoise de Saussure épousa Jonathan Polier, fils du syndic de Lausanne. Héritier par sa mère du village joratois de Corcelles, il en prit le nom et y construisit ce que les Corçallins appellent aujourd’hui encore «le château», qu’ils ont amoureusement restauré en 1998.

A la campagne, elle respire et lit des romans anglais La châtelaine, elle, dit «ma maisonnette» – que sont ces huit pièces en regard de la vaste demeure lausannoise où elle s’épuise? A la campagne elle respire, lit des romans anglais, s’émerveille de son cher jardin, de la nouvelle fontaine (qui glougloute encore de nos jours): «Cette source à laquelle Corcelles (son mari) faisait travailler depuis quelques mois, vint un beau matin se jeter à gros bouillons dans le bassin que nous lui avions préparé. C’est un grand événement à la campagne; je crois même que les arbres des alentours s’en réjouirent aussi. Dimanche se fit le ressat des ouvriers et des fonteniers dans notre grange, et cette fête, je vous le promets, valait à nos yeux peut-être celle du château (de Lausanne): c’était vingt-six convives, tous de bon appétit autour d’une longue table, parodiant tout à fait celle du baillif.»

Louise écrit quelquefois à son neveu, Charles de Constant, qui commerce en Chine, et presque chaque jour à ses amis Sévery, rue de Bourg, dans leur château ou à l’étranger. Car on voyage: Montpellier, l’Allemagne, cures à Plombières, en Suisse alémanique auprès d’un guérisseur. La santé est un grand souci. On consulte le célèbre docteur Tissot, qui, de Bourg à la Cité, soigne la bonne société, tout en rédigeant ses traités: «Notre amy est très peu des nôtres, on dit qu’il travaille dans son cabinet et qu’il paroîtra bientôt un livre de lui.»

Mais toujours on revient à ces petits «châteaux» qui émaillent la campagne vaudoise: les hobereaux aiment leurs villages – et surveillent les paysans qui leur doivent la dîme. Corcelles fait interdire de boire autre chose que de sa production? «Ses» paysans achètent aussitôt à Lavaux des parchets qui réjouissent encore la commune!

«J’ay tant parlé patoy que je ne me tireray point d’affaire»

Dans nombre de ses lettres (un recueil publié aux Editions Spes en 1924), Louise de Corcelles évoque ce «Jurat» où elle craint «d’avoir perdu toutes mes belles manières et oublié mon beau langage. J’ay tant parlé patoy que je ne me tireray point d’affaire avec mes commères de Wurtemberg (la duchesse), de Lannion, de Tonnerre, comme je savais si bien faire icy avec mes voisins, Henny, Penseyres et Gessenay.» Elle se plaint de la ville: «Une marquise d’un côté, un paquet de l’autre; des allées et venues, du bruit, des obstacles, des attentes inutiles. Mais arrivée dans ma bienheureuse habitation d’icy, toute sauvage qu’elle est, je me crois au paradis. Un jour me vaut ici comme une semaine à Lausanne.» Aussi soupire-t-elle de devoir quitter Corcelles: «On voit les objets à la campagne sous un tout autre aspect qu’à la ville; le silence qui y règne semble faire taire toutes les petites passions frivoles. Je laisse et je reprends toute ma philosophie au Chalet-à-Gobet.»

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MessageSujet: 1773: De la concurrence pour la Feuille d’Avis   Dim 06 Mai 2012, 22:10




250 ans dans la vie des Vaudois1773: De la concurrence pour la Feuille d’Avis
Souce 24 Heures.ch


C’est à Yverdon qu’un journal similaire voit le jour, puis à Vevey en 1778. Leurs Excellences de Berne refusent, trois ans plus tard, un troisième à Nyon

Cette huile sur bois de 1776 du peintre suisse Johann Ludwig Aberli s’intitule: Vue d’Yverdon depuis Clindi.


C’est à Yverdon qu’un journal similaire voit le jour, puis à Vevey en 1778. Leurs Excellences de Berne refusent, trois ans plus tard, un troisième à Nyon

Les affaires semblent prospérer pour David Duret, qui a lancé son journal d’annonces en 1762, l’ancêtre de 24 heures. Son nom apparaît à plusieurs reprises dans des registres de notaires, pour des prêts qu’il a consentis et pour lesquels il se fait concéder des terres en garantie. En 1785, il acquiert même la propriété du pasteur de Corsier, le domaine de Valmont. Mais n’anticipons pas. Le 25 février 1773 paraît la Feuille d’Avis d’Yverdon. Coup de tonnerre. David Duret monte au créneau, faisant valoir son droit: sus à la contrefaçon! Sa supplique à leurs LL.EE. de Berne et la lettre d’accompagnement du bailli de Lausanne n’ont pas été conservées. Mais il est entendu. Fin mars, Berne fait cesser la publication yverdonnoise. Et malgré le soutien des autorités de la ville, le gouvernement ne revient pas en arrière. Le répit est de courte durée. Car deux ans plus tard se renégocie le privilège exclusif obtenu, pour dix ans, en 1765.

«Illustres, Hauts, Puissants et Souverains Seigneurs, David Duret, d’Etagnières, habitant à Lausanne, très humble, très soumis serviteur et fidèle sujet de l’Etat, vient très humblement représenter à Vos Excellences que tenant de leur bienfaisance bonté paternelle le privilège exclusif de la Feuille d’avis française pour vos Pays romands (…) vient très respectueusement supplier Vos Excellences de lui confirmer cette même bienfaisance…» L’éditeur ajoute que les profits ne sont pas grands et que sans exclusivité, il serait économiquement périlleux de poursuivre l’expérience. Une note du bailli souligne que le public lausannois apprécie le journal. Dans son rapport, la Chambre des bannerets romands propose à l’éditeur d’imprimer le prix des céréales à chaque marché et les discussions liées au bailliage de Lausanne.

Berne accepte la poursuite du privilège, mais seulement pour la ville de Lausanne et sa région. Et le titre d’endosser presque celui de feuille officielle, puisqu’on lui impose de publier décrets et discussions, bénéfices d’inventaires, et noms des personnes décriées ou interdites. Le paiement de l’indemnité annuelle au propriétaire du Bernisches Avis-Blättlein, feuille bernoise que Duret avait imitée dans une version francophone, est maintenu. Yverdon obtient, de son côté, le droit de créer sa propre Feuille d’Avis à la fin de l’année.

Une Feuille à Vevey

Trois ans passent avant que Berne accorde un privilège analogue à Vevey. En juin 1778, Antoine Jossaud d’Auby, de Paudex, est autorisé à lancer son journal en septembre. Trois ans plus tard, c’est au tour de Nyon de faire la demande. L’imprimeur Jean-Louis Natthey, qui a obtenu l’autorisation d’ouvrir une imprimerie en cette ville, propose d’imprimer une feuille d’avis. Berne refuse sèchement, on ne sait pourquoi.

Quant au journal de Duret, il poursuit son chemin. Trois fois, le bailli, sur ordre de LL.EE., tape sur les doigts de l’éditeur. Une première fois, parce qu’un Genevois cherche à engager quelqu’un versé dans le calcul et l’écriture. On a vu que Berne ne tolérait pas la mobilité pour ses sujets. La deuxième fois, ce sont des offres de voyages en voiture dans des pays étrangers qui déplaisent. «De semblables annonces, comme aussi celles de bateaux descendant de Suisse en Hollande, contreviennent absolument aux ordonnances souveraines, qui visent à empêcher toutes les offres d’émigration possibles.»

La troisième fois, en 1783, le Conseil académique de Berne charge le bailli de veiller à ce que la Feuille d’Avis ne fasse paraître aucune annonce sur la nouvelle édition lausannoise des œuvres complètes de Voltaire. On y reviendra.

David Duret n’imprime pas son journal. C’est l’œuvre vraisemblable d’Abram-Louis Tarin. Ce fils de chirurgien, qui était parti se former à Londres pendant huit ans, reprend l’imprimerie lausannoise de François Grasset en 1760.

Lorsque le fondateur de la Feuille meurt en 1803, il laisse son bureau d’éditeur à ses deux fils. La localisation du bureau d’avis apparaît pour la première fois en 1793, au Petit-Saint-Jean, du côté de Pépinet.

Source: Deux cents ans de vie et d’histoire vaudoises, Payot 1962  

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MessageSujet: 1772: On revenait du bal à 7 heures   Dim 06 Mai 2012, 22:02



250 ans dans la vie des Vaudois
1772: On revenait du bal à 7 heures
Source 24 Heures.ch
Les écrits de Mme de Sévery permettent d’entrer dans les détails de la vie de tous les jours


Découpage représentant une fête champêtre au XVIIIe siècle.
Image: TIRÉ DE LA VIE DE SOCIÉTÉ DANS LE PAYS DE VAUD


Cette année-là

Janvier-février La tsarine Catherine II s’entend avec Frédéric II de Prusse et l’archiduchesse d’Autriche Marie-Thérèse pour enlever à la Pologne un tiers de son territoire.
28 juin  Le marquis de Pombal ajoute les facultés de mathématique et de philosophie naturelle à l’Université du Portugal.
Bhoutan Le royaume, qui mène une politique agressive à l’égard de ses voisins, entre en conflit avec la Compagnie anglaise des Indes orientales.
Colonies  L’Espagne fonde la Compagnie des Philippines.

Le manoir de Sévery, dans le bailliage de Morges, se trouvait à quatre lieues de Lausanne. La noblesse du Pays de Vaud aimait vivre en ses terres… à la belle saison, évidemment.
Catherine de Charrière ne fait pas exception. «Sévery est une idylle de Gessner (nous en lisions hier au soir). On y trouve la douce paix et le repos tranquille.» Et de noter dans son journal: «Nous avons pris le thé au verger, le plus doucement et joliment du monde, au milieu des foins qu’on faisait.» Elle consigne aussi les accidents de la route. Partis de Lausanne à 11 heures, le carrosse casse à Morges, «ce qui nous a retenus quatre heures». Ils arriveront à 7 heures «bien fatigués» le 17 juillet 1772. Un déplacement à Goumoëns, chez une connaissance, leur réserve du «sirop de capillaire» et des bricelets, puis du café, du thé, du pain, du beurre, des fraises, de la crème «parfaite dans des tasses de porcelaine». Les valets, eux, se gobergent de jambon, de saucissons et de vins en abondance. Plus le vin de l’étrier, à savoir une bouteille en partant. Gentilshommes et belles dames se mêlaient parfois aux divertissements des villageois. «Nous venons de nous promener, puis de voir danser à la grange. Esther (une femme de chambre) était la reine du bal. Elle a dansé des souabes, toute seule, avec une taille et une aisance qui ont charmé Crommelin (une dame de compagnie).»

Mondaine au bon cœur
La suite permet de pénétrer le cœur, forcément Ancien Régime, de cette mondaine, que l’on décrit aussi comme très religieuse, voire mystique à la fin de sa vie. «Je leur ai donné du vin à tous et une bouteille à Pierre, qui avait l’air si triste dans un coin de la cour, qu’il avait l’air prêt à pleurer pendant ces danses. Il revenait harassé de la charrue, et m’a fait pitié; cette bouteille, m’a dit Louison, lui a réjoui le cœur et l’âme; je suis plus que convaincue que le bonheur, s’il existe ici-bas, c’est-à-dire autant qu’il peut exister, habite le fond des campagnes, sous le chaume, dans les cabanes, surtout si une main bienfaisante est à portée pour prévenir et soulager les besoins et les maux des villageois.»

Les gens aisés faisaient venir leurs graines potagères de l’excellente maison Vilmorin et Andrieux à Paris. Chicorée de Meaux, haricots de Prague (bons pour être séchés), choux marbrés de Constance, cardons de Tours, oignons de Bâle… Parmi les pommes, notons la drap d’or et la cousinette et, du côté des poires, une virgouleuse, une mouille-bouche et une crassane panachée. Beaucoup d’espèces se sont perdues.

Brochet et canard au menu
La viande la plus appréciée semble avoir été le veau, mais aussi la dinde et d’autres volailles. La chasse bien sûr allait bon train. Et le brochet comme le canard ne laissaient pas de marbre. Et les «soupailles» s’inscrivaient parfois dans des fêtes de grande ampleur. Comme lors d’un bal chez M. Gibbon, Mme de Sévery note: «Il y a eu environ cent cinquante personnes; il en a soupé cent trente; on a veillé jusqu’à sept heures. Nous avons vu lever le soleil qui était superbe. Tout a été gai et bien réussi.»

Les divertissements s’enchaînent souvent, car il faut bien se remettre de l’ennui éprouvé en campagne, malgré les bucoliques pâmoisons. Alors on va voir un léopard et un nain, puis on passe la soirée chez Mme de Corcelles. On dîne chez les tantes de Chandieu. On se rend à Mon-Repos, avec les Bressonnaz et Marianne de Bercher, pour voir jouer Mélanide et un «charmant» ballet. «Revenus harassés de fatigue.» Jusqu’à la fin de sa vie, Mme de Sévery conserve sa verve piquante: «Imagine-toi une lèvre en falbala qui traînait sur le bâton de la flûte, et au milieu un petit trou, je ne crois pas qu’on puisse rien voir de plus ridicule.»

Entre ces dames
La complicité entre ces dames, «malgré les harpies qui infectent tout», passe par le prêt de vaisselles et de couverts. Et même davantage. Ainsi Isabelle de Montolieu donne à son amie Catherine le nom de son tailleur, afin qu’il lui fasse les mêmes culottes pour monter à cheval. «Vous pourriez Madame essayer les miennes, et les donner pour modèle en lui indiquant ce qu’il y aurait à corriger pour qu’elles vous allassent bien.»


Source: La vie de société dans le Pays de Vaud à la fin du XVIIIe, Salomon et Catherine de Charrière de Sévery et leurs amis, Editions Slatkine 1911 et 1978

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MessageSujet: 1771: Mme de Sévery a la plume facile et belle   Dim 06 Mai 2012, 21:58

250 ans dans la vie des Vaudois

1771: Mme de Sévery a la plume facile et belle
Source 24 Heures.ch

Les écrits de cette aristocrate d’ici servent d’ascenseur à remonter le temps.

Catherine de Chandieu, devenue de Charrière de Sévery (à dr.), et Salomon de Charrière de Sévery, son époux.
Image: JOHANN HEINRICH TISCHBEIN


Cette année-là...

12 février Gustave III de Suède monte sur le trône. Retour à l’autocratie.
Marchandage Marie-Thérèse d’Autriche signe un traité avec le sultan ottoman dans lequel elle lui promet une partie de la Moldavie lorsqu’il fera la paix avec la Russie.
Sciences Création à Rio de Janeiro de l’Academia cientifica.
Peinture Jean Honoré Fragonard peint L’amour réveillé dans le cœur d’une jeune fille.
Décoration Francisco Goya prête son talent à la décoration de la cathédrale de Saragosse.

«Adieu ma très chère, très aimable et très aimée, je vous chéris tous les jours davantage, je vous embrasse, vous, votre mari et vos enfants, tous pêle-mêle; cela fait une galimafrée bien de mon goût et dont je
suis friande. Aimez-moi et m’écrivez beaucoup.» Ces mots concluent une lettre, datée de 1771, de Mme Polier de Corcelles, née Louise de Saussure-Bercher, à Mme de Sévery. Qui est-elle pour attirer tant de
sympathie, l’affection des femmes comme l’attachement des hommes?
Catherine de Chandieu, future épouse de Salomon de Charrière de Sévery, est née à L’Isle, au château, trente ans plus tôt, non loin des sources de la Venoge. De Charlemagne à Louis XVI, la famille Chandieu se distingue à la guerre, dans le commerce et au sein de l’Eglise. Esaïe, un des descendants, épouse, en plein XVIIe siècle, Marie de Dortans, héritière de la seigneurerie de L’Isle. Benjamin, son arrière-petits-fils, colonel
du régiment de Lausanne, est le père de Louise-Jaqueline-Catherine, la nôtre. Une de ses sœurs mit au monde Benjamin Constant.

La vie à L’Isle
Entre 10 et 14 ans, la délicieuse, sur les traces d’une de ses tantes, tient une sorte de registre de «ce qui se passe à L’Isle». Pour ses 11 ans, elle note: «Ma mère m’a donné du turin (ndlr: sorte de gâteau) pour
faire la fête.» Cinq jours plus tard: «La vache a fait un veau. Le 8 et le 9 (février) nous avons eu une grande tempête. Le 10 il a beaucoup tombé de neige, nous avons été enfermées.» Ainsi de suite, de menus
faits en incidents, Catherine tente de fixer le cours des jours.
Ses observations permettent de suivre les allées et venues de sa famille et des amis qui passent en visite. Dans une lettre à sa mère, depuis Genève en 1760, elle parle de Voltaire. «Il était mis à faire étouffer
de rire, il avait de grandes culottes qui venaient à la cheville du pied, une petite veste d’étoffe de soie rouge travaillée en or, par dessus cette petite veste une fort grande veste d’une étoffe magnifique à fond blanc brodée en or et en argent, elle était relevée d’un côté pour laisser voir la petite veste et de l’autre elle redescendait jusqu’au-dessous du genou, les culottes étaient de satin cramoisi, par-dessus la grande veste il avait une espèce de surtout de satin avec de l’argent, et par-dessus le tout un manteau bleu doublé de cramoisi galonné d’or superbe; quand il se présenta au théâtre beaucoup de gens se mirent à rire et je fus du nombre.» On donnait Mahomet.
La voici mariée en 1766. Sa correspondance ne fléchit pas à l’image de son impertinence. Elle écrit bien, sacrifie aux menus détails, parle chiffons, donne son avis sur des poudres contre les langueurs d’estomac
ou décrit les gens qu’elle rencontre. Elle n’a laissé aucune œuvre, n’ayant aucune ambition littéraire, mais était atteinte du furieux besoin d’exprimer ses pensées. Les Gibbon, Necker et Tissot l’adoraient.
Elle connaissait le docteur depuis longtemps, car il a été élevé à L’Isle chez son oncle pasteur. Curieuse, de nature ardente et expansive, impulsive et sentimentale, elle fit tourner la tête à plus d’un, mais semble être restée fidèle à son époux. Elle confesse néanmoins en février 1772: «J’ai été mortellement fatiguée et triste d’une faute que j’avais faite à l’égard de mon mari, je la réparerai sûrement.»
Deux ans plus tard: «On a dansé ici, je n’ai pas été sage, j’en demande pardon à mon cher ange que j’adore.» Et encore en 1789: «Un peu de douceur est rentrée dans mon âme. Ledit est parti. J’en ai béni le ciel. Puisse le ciel protecteur me préserver!»
Trilingue, elle pratiquait couramment l’anglais et l’allemand. Son Salomon ne cachait pas sa germanophilie, après avoir été gouverneur des jeunes princes de Hesse.
Maîtresse de maison accomplie et énergique, elle aimait autant recevoir que se dédier aux siens. Elle eut deux enfants, Guillaume-Benjamin-Samuel dit Wilhelm (en 1767) et Angletine-Livie-Wilhelmine (en 1770). Partagée, elle l’était aussi entre ses campagnes de Sévery et de Mex et la rue de Bourg, où elle rayonnait
au milieu des étrangers et de l’aristocratie locale.


Source: La vie de société dans le Pays de Vaud à la fin du XVIIIe, Salomon et Catherine de Charrière de Sévery et leurs amis, Editions Slatkine 1911 et 1978.

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MessageSujet: 1770: les Lumières d'Yverdon   Dim 06 Mai 2012, 21:57

250 ans dans la vie des Vaudois

1770: les Lumières d'Yverdon
Source 24 Heures.ch
Un certain Fortuné-Barthélemy de Félice réalise une Encyclopédie protestante.

Planche de l'Encyclopédie d’Yverdon représentant l'économie rustique.


Les faits qui se sont déroulés en 1770
Lausanne : Le Dr Tissot publie son Traité de l’épilepsie .
12 janvier : A New York, l’affrontement entre colons et soldats britanniques préfigure la Guerre d’indépendance.
Etats-Unis : Fondation de la ville de Chicago.
20 avril : Le navigateur britannique James Cook est le premier Européen à débarquer sur la côte orientale de l’Australie.
8 juillet : La flotte ottomane est détruite par les Russes.
Europe : La famine fait des centaines de milliers de victimes.

Dans les années 1770, Y verdon rivalise avec Paris. Non pas parce que l’on s’y «amuse davantage en 15?jours qu’à Berne en un an», comme le déclare le bailli De Weiss. Mais parce que de presses installées à la rue du Lac sort une Encyclopédie autre que celle que Diderot et d’Alembert viennent de publier dans la Ville Lumière. De 1770 à 1780,
Fortuné-Barthélemy de Félice assure la réalisation de 58 volumes in-quarto (proche de l’A4) de L ’Encyclopédie ou dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines, dite Encyclopédie d’Yverdon.

Son concepteur est Italien d’origine, professeur d’académie de métier.
De son vrai nom Fortunato Bartolomeo De Felice (1723-1789), ce Romain ordonné au sacerdoce de l’Ordre des franciscains s’enfuit en Suisse en 1757 en raison d’un passé aventureux peu compatible avec la fermeté catholique de l’époque. Confirmant son attirance pour les idées de la Réforme, il se convertit au protestantisme et s’installe à Yverdon en 1762, selon son descendant morgien, Christian de Félice.
Cette nouvelle orientation religieuse ne reste pas sans effet sur son futur projet. En terre protestante, on accueille avec intérêt l’Encyclopédie de Paris , mais on émet des réserves quant aux articles relatifs à la théologie,
jugés strictement catholiques. Par sa volonté première d’internationaliser l’Encyclopédie et de répandre dans le monde les Lumières helvétiques, Félice concrétise le projet d’une alternative protestante déjà dans l’air depuis plusieurs années. Sans surprise, on dénombre parmi sa trentaine de collaborateurs une grande majorité de
personnes acquises à la cause de la Réforme, en tête desquelles le pasteur vaudois Elie Bertrand, ami de Voltaire.
Fautes grossières corrigées
Dans une lettre rédigée en cette même année 1770, le philosophe français dit d’ailleurs sa préférence pour la version suisse et ses auteurs: «Ils ont l’avantage de corriger beaucoup de fautes grossières qui fourmillent dans l’Encyclopédie de Paris . (…) Pour moi, je sais bien que j’achèterai l’édition d’Yverdon et non l’autre.»
Même s’il n’appréciait pas Voltaire – qu’il considérait comme un ami des philosophes français – et que les encyclopédistes de Paris l’avaient attaqué dans son entreprise, Félice n’a jamais tu ce qu’il devait à Diderot et d’Alembert. Sans oublier de souligner qu’eux-mêmes étaient redevables du Dictionnaire universel des arts et des sciences C***çu par Ephraim Chambers en 1728, à Londres.
Quoi qu’il en soit, Félice et ses collaborateurs se font fort de corriger les faiblesses de l’édition parisienne. En accordant une attention toute particulière à la théologie, qu’ils affirment traiter de façon impartiale: «Nous éviterons toutes les critiques directes, mais nous exposerons les faits et les raisonnements, laissant au lecteur le soin de choisir, la liberté d’examiner et le droit de juger.»
Défenseur de la culture italienne, Félice développe les informations relatives à son pays. Et, comme il a pris l’option de correspondre avec des esprits de tout le Vieux-Continent, il ouvre ses pages à bien d’autres nations, à l’opposé
du franco-centrisme de Diderot. Logiquement, une section importante est consacrée à la Suisse. Et, grâce à la précieuse collaboration du savant bernois Albert de Haller, la culture allemande est particulièrement bien servie. La somme de savoir contenue dans les 37?000 pages et 75 000 articles de l’œuvre de toute une vie englobe bien d’autres domaines encore: de la gravure à la minéralogie en passant par l’anatomie et la pharmacie.
Pour assurer la diffusion de son Encyclopédie, Félice signe un contrat avec une maison d’édition de La Haye.
De Hollande, elle est vendue par souscription dans les différents Etats protestants d’Europe (Scandinavie, Allemagne…) et en Russie. De manière officielle, elle n’atteindra en revanche pas la France – où l’éditeur de l’Encyclopédie de Paris lui barre la route – ni l’Italie, dont le marché est quasi interdit à Félice depuis sa fuite.

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MessageSujet: 1769: que de monstres sur terre   Dim 06 Mai 2012, 21:39


1769: que de monstres sur terre

Entre une sirène aperçue à Londres et des jumeaux tête-bêche, que penser de la harpie amphibie?

La très hideuse harpie, monstre amphibie que des marins espagnols auraient pêchée au large du Chili, en bois gravé dans le Messager boiteux.


Les faits marquants de 1769
14 mai :Charles III d’Espagne envoie des missionnaires franciscains en Californie fonder des villes, dont San Francisco.
19 mai : Début du pontificat de Clément XIV (fin en 1775)
30 août : On observe une comète dans le ciel lausannois, elle est au-dessus de Thonon, la queue à l’est
6 octobre : James Cook débarque en Nouvelle-Zélande, où il effectue le relevé de 3860?kilomètres de côtes.
Asie : Une famine abominable frappe le Bengale: on dénombre de 7 à 10 millions de morts.

A la fin du XVIIIe siècle, l’imagination galope, car il reste encore beaucoup de choses à découvrir. Les éléphants fascinent comme les hermaphrodites. Toutes sortes de croyances n’ont pas encore été mises en pièces par le cartésianisme et la science.
En 1769, Le véritable Messager boiteux de Berne, l’ancêtre de celui que nous connaissons et qui se trouve être celui de Vevey, estime que la création du monde remonte à 5717 ans, et le déluge universel à 4083?années. Belle précision.
La revue est lue par un peu tous les Vaudois, en ville comme à la campagne. Antoine Souci, qui se présente comme astrologue et historiographe, y tient une chronique des faits extraordinaires survenus dans le monde.

Cette année-là, il repêche une info de requin mangeur d’hommes. Un «de la même espèce que ceux de la côte de l’Inde occidentale» a été capturé dans une rivière anglaise.
On trouve un collier d’Indien dans ses entrailles. Ce qui ne fait planer aucun doute: le squale a fait le trajet depuis les Indes. A Nice, dans des espèces de plus grande taille, on a découvert des hommes entiers. «On assure que si l’on tient ouverte la gueule d’un requin, les chiens y entrent aisément, pour manger ce qui est dans l’estomac.» Plus loin il est question de géants patagons.
Une autre fois surgit la description d’une sirène aperçue à Londres. «Ses mamelles étaient belles et fermes, quoique sans mamelons. Elle avait le ventre rond, gonflé, sans nombril.» Le bas de son corps ressemblait à un
dauphin. Et ne faisait entendre sa voix mélodieuse qu’aux approches de la tempête.

Loup ou hyène?
Quelques années plus tôt, la bête du Gévaudan tient le monde en haleine.
Voici ce que Le Messager dit de l’animal féroce: «Il est fort friand de la chair humaine, il en veut surtout aux jeunes filles et aux enfants.
Il a dévoré un nombre très considérable de personnes.» Suivent une série de faits sanglants, joue de garçon arrachée et aussitôt avalée, cartilage du nez entièrement mangé, chien projeté à vingt pas… Ce que l’on suppute être une hyène ne sera, au final, qu’un loup. Ouf!
Il existe aussi des naissances extraordinaires. Ainsi, dans le haut Languedoc, «la femme d’un nommé Millet, y a accouché de deux enfants jumeaux en vie, joints ensemble par les fesses. On ne pouvait tenir un de ces enfants droits, que l’autre n’eut la tête en bas.» Après avoir été baptisés, les chérubins quittent ce monde.

Le plus curieux des monstres
Parmi les curiosités avancées par l’almanach, une harpie monstre amphibie mérite qu’on s’y attarde. «Son attitude ressemble en quelque sorte au Sphinx en ce que la partie de derrière est horizontale sur la terre et qu’elle est debout par-devant. (…) Une gueule extrêmement ouverte et avancée lui donne un air de voracité qui est très effrayant.
Des deux côtés de la tête, s’élèvent deux grandes oreilles pointues et velues comme celles d’un âne. Au dessus sont deux cornes tordues comme celles d’un taureau, et au dos vers la hauteur des épaules sont placées deux ailes très fortes (…). La partie inférieure ressemble à celle d’un phoque (…) et se termine en deux queues, dont l’une ayant des articulations jusqu’à l’extrémité pour envelopper la proie et l’autre moins longue est terminée par un dard très pointu, avec lequel, dit-on, il la perce.»
Le monstre a été pêché par des marins espagnols au large du Chili. Le roi d’Espagne a ordonné qu’on le ramène en Europe. Il se nourrit de poissons dans l’eau et de buffles sur terre.
En fin de notice, le doute s’installe. Le chroniqueur se met à calculer. Comme la bête dévore un buffle par jour et trois cochons, il écrit: comment la harpie a-t-elle pu être transportée «avec toutes les provisions de bœufs
nécessaires, pour la nourrir pendant la traversée, et encore le fourrage pour nourrir les bœufs, et la quantité d’eau douce nécessaire pour leur boisson»? Et de se justifier: comme cette histoire a fait beaucoup de bruit en France, «nous avons cru faire plaisir à nos lecteurs».

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MessageSujet: 1768 à Lausanne: la belle vie d'étudiant   Dim 06 Mai 2012, 21:10


1768 à Lausanne: la belle vie d'étudiant
Source 24 Heures.ch

Théâtre, musique, jeux, c’est fou ce qu’on s’amusait alors à Lausanne.

Carton d'invitation à un bal lausannois de l'époque. On est prié "de venir danser à 5 heures".
Faits marquant de 1768

9 janvier : Philip Astley ouvre le premier cirque moderne à Londres.
16 mars : Retour de Bougainville à Saint-Malo après qu’il a exploré les îles les plus septentrionales des Salomon.
10 avril : Mort de Canaletto, peintre et graveur italien.
15 mai : Gênes cède la Corse à la France.
25 septembre : Les ambassadeurs français, pour sauver la Pologne, poussent l’Empire ottoman à attaquer la Russie.
Décembre : Début de la guerre russo-turque (fin en 1774).

La bonne société lausannoise s’adonne au théâtre, à la musique et affectionne les bals.
On aime se déguiser et on se passionne pour toutes sortes de jeux: macédoine, pharaon, macas, trente et un ou vingt et un, vive l’amour, piquet, tarot et whist pouvaient engendrer des pertes d’argent.
Quelqu’un propose même une taxe à prélever sur les enjeux: «Tous les mois on enverrait au pasteur du quartier ce qu’il y aurait de bon; et quel bonheur de penser que les malheureux trouveront leur subsistance dans les plaisirs d’une société!»
La lettre qui suit de Samuel de Werdt de Toffen en dit long. Ce Bernois en séjour à Lausanne, auteur d’une autobiographie et proche de Julie Bondeli, qui forma un cercle littéraire dans la ville de l’ours, l’écrivit en 1768.

«Bien que jeune homme sans titre ni mérite connu, les gens les plus comme il faut, le bourgmestre, le magistrat, les nobles, vinrent me rendre visite, et on me fit de tous côtés les offres les plus polies et des protestations d’amitié. Les dames m’invitèrent d’abord dans les assemblées et journées; ainsi, dans la première semaine, j’appris à connaître tout Lausanne. Cette manière de vivre me plut beaucoup, elle m’égayait, dissipait ma tristesse et rétablit ma santé. Lausanne n’avait pas encore un grand luxe; j’ai peine à me représenter un genre de vie plus agréable. Les étrangers qui y étaient alors suivaient des cours des professeurs qui avaient le plus de réputation.»

La société de Lausanne était partagée par quartiers, ou plutôt par bourgs, comme sa situation semble l’exiger. Il y avait les compagnies de la rue de Bourg, celle de la Palud, celle de la Cité, etc.
Celle de la rue de Bourg passait pour la meilleure et était en effet très bonne. C’était de l’ancienne noblesse, qui n’était pas riche, mais qui compensait par la politesse et les sentiments ce qui lui manquait du côté de la fortune. Il y avait plus de vingt familles où je pouvais rester familièrement à souper et où j’étais regardé comme l’enfant de la maison. J’en conserverai toujours un sentiment reconnaissant. »Voici qu’elle était leur façon de se voir et s’amuser.
On donnait des «journées» quand on voulait faire politesse à quelqu’un ou qu’il arrivait des étrangers; une dame faisait une liste et invitait trente à quarante personnes (de l’un et de l’autre sexe). L’assemblée commençait à trois heures après dîner; on servait le café; ensuite les dames d’un certain âge, les mères et les grands-mères faisaient des parties de jeu.»

Les jeunes gens ne jouaient point; mais sous la présidence d’une vieille tante ou cousine (car dans ce pays-là les vieilles filles ne sont ni ridicules, ni prudes), on faisait toutes sortes de jeux d’esprit, qui étaient propres à exercer l’imagination et former le langage. A six heures, les parties de jeu étaient finies; dans la belle saison on allait se promener; dans la mauvaise, on se rendait dans quelque maison hospitalière, où l’on faisait une avant-veillée jusqu’à sept heures, où l’on soupait; après le souper on veillait, tantôt dans une maison, tantôt dans une autre; là nouveaux jeux d’esprit, les dames qui avaient de la voix chantaient avec accompagnement de violon ou de flûte. Souvent on jouait des proverbes, sorte de spectacle très amusant.
Quelque personne faisait un plan et une suite de scènes qui étaient exécutées immédiatement. Il y avait quelques acteurs et actrices excellents. Au bout de l’hiver, tout le monde jouait bien. Il y avait deux troupes qui se critiquaient sans aigreur, sans se fâcher ni se brouiller. On rassemblait parfois la bonne compagnie du quartier, souvent pour danser, ou pour souper en pique-nique. Il y avait aussi les parties de campagne dans la belle saison. Jamais je n’ai passé mon temps plus agréablement, ni goûté de plaisirs plus innocents, plus variés et moins dispendieux. Mes matinées étaient remplies par des travaux de droit, de mathématiques et de musique. Cette vie était si agréable et le temps s’écoulait si vite que j’oubliais presque que j’avais un cœur et des sens.»

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MessageSujet: 1767 à Lausanne: profession libraire-éditeur   Dim 06 Mai 2012, 20:57


1767 à Lausanne: profession libraire-éditeur
Source 24 heures.ch

Frontispice d'une édition de la Bible Biblia Sacra Vulgatae Editionis éditée à Anvers avec une illustration représentant le libraire lausannois François Grasset (1723-1789), offrant son édition de la Vulgate au pape Benoît XIV.

Petit âge d’or du livre à Lausanne au XVIIIe siècle. En connaisseur, Silvio Corsini raconte.

Les faits en 1767

2 avril : Expulsion des jésuites du territoire espagnol (métropolitain et colonial).
Asie : Début de la guerre chinoise de conquête en Birmanie (fin en 1769).
25 octobre: Naissance de Benjamin Constant de Rebecque, homme politique et écrivain franco-suisse.
3 novembre: Le ministre Tanucci expulse les jésuites du royaume de Naples et confisque leurs biens.
Inde : Echec de l’expédition en Inde du roi afghan Ahmad Shah Abdâli. Les sikhs prennent contrôle du Penjab.

Le livre, la tannerie, l’argenterie, l’industrie du tourisme et un marchand de couleur font florès à Lausanne en cette deuxième moitié du XVIIIe siècle. Côté édition, se doute-t-on que la version poche de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert a été C***çue et fabriquée ici?
Nous y reviendrons. A l’époque, les éditeurs sont tous libraires. Pour publier, il faut avoir pignon sur rue. Les imprimeurs publient aussi. Certains sont libraires, imprimeurs et éditeurs. Silvio Corsini, conservateur de la Réserve précieuse de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne, répond à nos questions.

Qu’est-ce qui a fait d’une petite ville comme Lausanne un centre d’impression ?
L’impulsion est venue de notables impliqués dans l’Académie. Charles Guillaume Loys de Bochat, Gabriel Seigneux de Correvon et d’autres ont l’ambition, vers 1730, de faire de l’Académie une véritable université (ce qui ne se réalisera qu’à la fin du XIXe siècle). Ils souhaitent aussi faire s’établir un grand libraire de dimension internationale.
Ces cinq ou six notables fondent alors une espèce de société en commandite et appellent le Genevois Marc-Michel Bousquet, qui a lancé, au bout du lac, plusieurs périodiques bien notés par les milieux littéraires. Il sortait d’embrouilles avec son associé, qui a été retrouvé dans le Rhône.
Changer d’air lui convient et ses premiers livres paraissent dès 1737, pendant une quinzaine d’années avec le double nom de Lausanne et Genève. Car il reste convaincu que, sur la carte géographique de la librairie, cette ville parle davantage aux clients.

Où imprime Bousquet et quels livres édite-t-il ?
Il commence à travailler avec l’imprimeur Zimmerli, mais se rend vite compte qu’il n’a pas le niveau. Il achète alors une imprimerie et la confie au Lausannois Antoine Chapuis, un artisan très soigneux. Pour les grands livres de Bousquet, Chapuis collabore avec d’autres ateliers. Le libraire-éditeur se spécialise dans la vache à lait de ses confrères genevois et lyonnais, soit les grands ouvrages savants à destination du sud de l’Europe, livres catholiques en latin. Il se rend aux foires de Francfort, y achète des titres de grands libraires européens, qu’il diffuse dans le Sud. Il a aussi des ambitions scientifiques. Il publiera la Grande Physiologie du baron de Haller, comme des textes mathématiques des Bernoulli, de Bâle, ou L’analyse des infiniment petits d’Euler.

Que se passe-il vers 1767?
C’est le gros démarrage de la littérature des Lumières: la publication, après Candide , de L’ingénu de Voltaire. A partir des années 60 se produit une cassure, un peu à l’image de 68 au XXe siècle. Les langues vernaculaires s’imposent, détrônant le latin. L’arrivée de Malesherbes, partisan des Lumières, à la tête de la censure française change beaucoup de choses. Les libraires savent qu’ils ne risquent plus le cachot, même s’ils doivent encore se cacher.

Et à la même date à Lausanne ?
François Grasset récupère toute la succession Bousquet, l’homme s’étant arrêté en 1762. Il lui faut cinq ans pour réunir ce petit empire. Marc Chapuis le concurrence, mais il n’a pas l’envergure.
Quant au filleul de Bousquet, Marc Michel Rey, il deviendra le grand éditeur de Rousseau et de Holbach, mais à Amsterdam. Finalement Grasset parvient à s’imposer et c’est le bourgmestre de Lausanne, Antoine Polier de Saint-Germain, qui dirige le groupe d’associés pilotant financièrement l’entreprise. Grasset meurt juste avant la Révolution en 1789.

Où s’écoule la production ?
Vers les pays du Sud principalement jusque dans les années 50. Puis les jésuites, gros clients, sont interdits au Portugal et en Italie. Ce commerce disparaît. Dans les années 60, on se réoriente vers les nouveautés littéraires, qui se vendent partout. Les libraires fréquentent les foires et envoient catalogues et commis en Europe.
Comme le commerce français est noyauté par Paris, les libraires des villes de province préfèrent distribuer des contrefaçons venant de Belgique, de Hollande ou de Suisse, que travailler avec leurs confrères parisiens.

Comment s’exerce la censure ?
Elle ne sévit que sur ce qui se produit officiellement à Lausanne. Tous les livres doivent théoriquement paraître avec approbation, mais de fait il y en a très peu. Le reste se fait au gris.
Les autorités connaissent (presque) tout ce qui est imprimé, mais laissent faire avec bienveillance. Elles sont obsédées par l’idée d’empêcher l’argent de sortir, alors mieux vaut que les livres se fabriquent ici. On brûle Rousseau en place publique, mais il est lu partout.

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MessageSujet: Re: 250 ans dans la vie des Vaudois   Dim 29 Jan 2012, 22:26


1766: les Mozart à déjeuner
Source 24 Heures.ch

Le génie a 10 ans, lorsqu’il donne deux concerts impromptus à La Palud
Après Lausanne, Mozart se rend à Zurich. Il y rencontre le poète Salomon Gessner, qui lui offre ses œuvres




Les faits en 1766
8 janvier :
 La Grande-Bretagne occupe les îles Malouines.
18 mars :
Le Declaratory Act affirme que le Parlement britannique a tout pouvoir pour imposer ses lois aux colonies et à la population américaines.
10 septembre :
Ouverture de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs à Paris.
5 décembre :
Fondation de Christie’s à Londres.
Population :
La Chine compte 182 076 000 habitants.



La famille Mozart parcourait l’Europe depuis trois ans. Léopold, Anna Maria, Wolfgang-Amadeus et sa sœur, Marianne, dite «Nannerl», voyageaient avec un domestique et une voiture privée achetée d’occasion. A l’étape, ils changeaient cochers et chevaux. Une lettre du père à un ami nous apprend qu’ils ne pensaient s’arrêter à Lausanne que pour midi. Ils viennent de passer trois semaines à Genève, après Lyon, Dijon, Paris, où Louis XV a entendu celui que l’on présenta plus tard comme le «miracle de Dieu», Londres, la Hollande et l’Allemagne.

L’aristocratie lausannoise, les d’Aubonne, les d’Hermenches, les Sévery, en décident autrement. Les serviteurs du prince Louis-Eugène de Wurtemberg emmènent les musiciens en tournée chez leur maître à la maison du Grand-Montriond. Cette belle demeure, aujourd’hui détruite, datait du début du siècle et se trouvait en campagne, à l’est de la colline actuelle, alors hors les murs. Elle avait déjà hébergé Voltaire et accueillera plus tard le docteur Tissot jusqu’à sa mort.

On ignore ce qui a été joué
Nous sommes à la mi-septembre 1766. Les Mozart restent cinq jours, et septante privilégiés, qui peuvent débourser 2 livres (le double du tarif habituel), assistent au concert donné à l’Hôtel de Ville. Certains, émerveillés et fortunés, ne ratent pas le second au même endroit. La belle société lausannoise de l’époque était bonne musicienne. On ignore ce qui a été joué. Sans doute, des pièces virtuoses de grands compositeurs. Et le génie de déchiffrer, d’improviser et d’oser ses propres morceaux.

Dans une lettre à Rousseau du même mois – le philosophe séjourne alors à Môtiers –, le prince de Wurtemberg écrit: «Un enfant toujours grave et rieur, timide mais impérieux, un enfant qui ne se préoccupe de rien et porte avec lui son génie comme d’autres font leurs boucles blondes.» Ce qui n’empêche pas le prodige de jouer avec la fille de 3 ans du prince, «la poursuivant plaisamment entre les fauteuils, lui baillant force grimaces qui la jetaient dans de grandes stupeurs suivies de grands rires». Wolfgang compte déjà seize sonates, quatre symphonies et soixante morceaux divers. Wurtemberg ajoute: «Le désir de composer le tient si vivement qu’il lui arrive, en pleine nuit, de quitter sa couche afin d’essayer au clavier, dans l’obscurité, telle mélodie qui l’occupe.»

Dans l’Aristide ou le citoyen, l’hebdomadaire de la Société morale que le prince a fondé à Lausanne et qui paraîtra un an, Samuel-Auguste Tissot revient lui aussi sur le musicien. «La sensibilité et la justesse de l’oreille sont si grandes chez le jeune Mozard (sic) que des sons faux, aigres, ou trop forts font couler ses larmes. Son imagination est aussi musicale que son oreille, elle a toujours présens une multitude de tons à la fois; un seul ton donné rappelle dans le même instant tous ceux qui peuvent former une suite mélodieuse, une symphonie complète.»

Le petit compose des airs de flûte (à jamais perdus) pour son hôte lausannois adepte de cet instrument. A 5 ans, avant d’écrire, il dictait du clavier ses premières compositions à Léopold, qui s’était fait un nom avec son traité de violon. A 9, comme le rapporte le savant anglais Daines Barrington, lorsque son père, tenant la partie grave d’un duo, détonna une fois ou deux, «l’enfant montra quelque mécontentement, lui indiqua les fautes du doigt et le remit sur la voie». Sa sœur, violoniste virtuose elle aussi, ne put que l’encourager sur le chemin de l’excellence. Il arrivait au petit prodige de porter le vêtement rose de l’archiduc Maximilien d’Autriche, car l’impératrice Marie-Thérèse, éblouie par ses talents, lui en avait fait cadeau. De sa mère, il avait hérité le nez long.

Le 18 ou le 19 septembre, les Mozart quittent Lausanne pour Zurich, où ils se lient d’amitié avec le poète Salomon Gess­ner. Il n’existe aucune représentation du prodige à Lausanne.

Sources:
Mozart 1766… En passant par Lausanne, Opéra de Lausanne, Vie Art Cité, Editions de l’Aire, 2006.
La musique dans le Pays de Vaud sous le régime bernois (1536-1798), Jacques Burdet, Payot 1963.
Une société Mozart existe à Lausanne: www.mozart-lausanne.ch

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MessageSujet: 1765: les fait divers de «24 heures» de l'époque   Dim 29 Jan 2012, 22:17


1765: les fait divers de «24 heures» de l'époque

Sur la première page du numéro du 21 juin 1763, qui en compte quatre en tout de même aspect, la première annonce (surlignée) mentionne un funeste fait divers.
Le format des pages était proche de notre A5 actuel



La malheureuse famille Calas: en 1765, Voltaire réussit à faire innocenter Jean Calas. Protestant de Toulouse, condamné pour avoir tué son fils sur de fausses accusations, Calas fut torturé, roué, étranglé, puis brûlé en 1762.
On voit ici sa famille au moment de la cassation qui précède la réhabilitation.


Cette année-là...

Juillet:
Diderot termine la rédaction de son Encyclopédie, débutée en 1747, dont le premier volume est paru en 1751. Il entame son roman Jacques le fataliste.
Missions :
Début de la colonisation de la Californie sous l’impulsion du roi d’Espagne Charles III.
6 septembre: 
Chassé de Môtiers, Rousseau s’installe sur l’île Saint-Pierre, dont il est expulsé le 16 octobre par les Bernois.
20 décembre :
Le dauphin Louis Ferdinand, fils de Louis XV, père de Louis XVI, décède de la tuberculose.

Les petites annonces de l'ancêtre de «24 heures» reflètent les soucis quotidiens des Vaudois.

«On souhaiteroit, dans un château, un domestique d’un âge mûr, fidèle, point adonné au vin, qui sache raser et friser.» Cette petite annonce date de 1762, la première année d’Annonces et avis divers, premier nom de la Feuille d’Avis de Lausanne (FAL), ancêtre de 24 heures. Elle prête aujourd’hui à sourire, dans son fond comme dans sa forme. Mais la boisson est alors un vrai souci. L’exigence de sobriété revient dans plusieurs avis publiés dans le journal.

En cette deuxième moitié du XVIIIe siècle, l’allure de l’hebdomadaire est très austère. Mais cette simplicité recèle une mine d’informations sur la vie lausannoise. On y découvre, au fil des annonces dûment numérotées, une ville industrieuse, qui abrite quantité de petits métiers parfois disparus.

Le train n’existe pas. Les personnes qui désirent se déplacer essaient de se regrouper pour réduire les frais. «Le sieur Frossard, voiturier en cette ville, se propose d’aller pour Bâle le 15 du courant avec un bon carrosse; les personnes qui seront dans le dessein d’aller de ces côtés pourront s’adresser à lui, il leur fera un prix raisonnable.»

Queues de chevaux coupées
La Feuille, si elle n’offre aucun article, permet de lire l’actualité en filigrane. Elle peut être littéraire, comme en 1763, lorsque le sieur Marc Chapuis, libraire, annonce qu’il vient de recevoir les Pensées de Jean-Jacques Rousseau et la dernière édition de l’Avis au peuple, du docteur Tissot. La preuve que ces ouvrages sont demandés.

Parfois, une annonce raconte un vrai fait divers, comme celle-ci, placée en tête de l’édition du 21 juin 1763: «On donne avis qu’étant arrivé des désordres sur les monts de la paroisse de Villette, commis par des misérables pervers qui ont coupé la queue de 22 chevaux qui y pâturaient, la nuit du 7 au 8 du courant, LL.EE. (ndlr: leurs Excellences de Berne), dans la vue d’en découvrir les auteurs et pour ne pas laisser de telles actions impunies, ont chargé Sa Très Noble Magnifique Seigneurie Baillivale de Lausanne de faire savoir qu’elle accorde une récompense de 200 florins à celui qui les dénoncera, et que si même le dénonciateur se trouve complice, non seulement son nom demeurera caché, mais aussi on lui accordera son pardon et la même récompense.»

Collection incomplète
La collection de la FAL en ses premières années de vie est malheureusement très incomplète. Le journal est un objet usuel qu’on ne conserve pas après lecture. Il coûte 1 batz, soit à peu près le prix d’un pain d’un kilo. On peut aussi le consulter directement au bureau du journal pour le quart d’un batz, soit une cruche (creutzer).

Ce n’est qu’à partir de 1818, soit après cinquante-six ans d’existence, que l’administration du titre songera à garder un exemplaire. Du coup, les exemplaires du XVIIIe siècle sont rares. Sur la cinquantaine de numéros annuels, il n’en reste parfois qu’un seul. Voire pas du tout. C’est le cas de l’année 1765.

On trouve déjà à l’époque tous les types d’annonces encore utilisées aujourd’hui. La vente: «Un cheval noir de Transylvanie qui n’est pas vieux, à un prix raisonnable»; les objets perdus et trouvés; les offres d’emploi, qu’on appelle «conditions offertes et demandées». Ainsi, à Saint-Légier, «on demande un bon chasseur, qui dresse bien les chiens et sache détruire les renards. Les peaux de renards, qui abondent dans cette terre, lui reviendront. Il aura avec cela de bons gages et sera nourri et habillé.»

Un supplément immobilier est même publié, en 1764: «L’éditeur de cette Feuille, désirant de se rendre de plus en plus utile au public, donne avis qu’il a fait imprimer un état de toutes les chambres de Lausanne, tant celles du Château que de la Ville, et les étrangères, et qu’on en distribuera dans son bureau le jeudi, pour 1 batz l’exemplaire.»

Le journal donne à chaque édition le prix du pain, du vin et de la viande. Et, plus étonnant, le nombre de pintes en ville. En tout 43 en 1762. C’est le quartier de Saint-Laurent qui en compte alors le plus, soit cinq.

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MessageSujet: En 1764, les Vaudois étaient «Pauvres, ivres et oisifs»   Dim 29 Jan 2012, 22:05


En 1764, les Vaudois étaient «Pauvres, ivres et oisifs»
Source 24 Heures.ch





Le questionnaire adressé aux pasteurs vaudois a été pieusement conservé aux Archives cantonales.



1764: cette année-là...

1er janvier :
Mozart, 8 ans, joue pour Louis XV sur les orgues de la chapelle royale de Versailles.
30 juin :
Jeanne Boulet, 14 ans, est la première victime de la Bête du Gévaudan.
Pionnière:
En octobre, Catherine de Russie se fait vacciner contre la variole pour donner l’exemple.
Scandale:
Voltaire publie son Dictionnaire philosophique. Considéré comme «téméraire, scandaleux, impie», l’ouvrage est brûlé à Genève et à Berne.
21 novembre:
Création d’une Commission pour l’amélioration des vignes de Lausanne.


Les pasteurs vaudois faisaient alors une description terrifiante de leurs ouailles.

En l’an 1764, Leurs Excellences de Berne sont inquiètes. Plusieurs intellectuels vaudois tirent la sonnette d’alarme: le canton se dépeuple. C’est l’avis de l’économiste Charles-Louis de Cheseaux, qui écrit en 1761: «La diminution du nombre des habitants dans le Pays de Vaud est une vérité de fait qui frappe tout le monde.» Depuis lors, les historiens ont démontré que l’information était fausse: Vaud compte alors 123 000 habitants et ne connaît aucune baisse démographique.

Berne nourrit un préjugé répandu à l’époque: l’essor d’une population dépend de la prospérité et de son ardeur au travail.
Elle considère, selon la morale protestante, que l’oisiveté porte atteinte à Dieu. LL.EE. décident donc de connaître la situation des Vaudois et envoient un questionnaire à chaque pasteur. Les réponses à cette enquête sur la pauvreté ont été conservées. Deux étudiants d’histoire de l’Université de Lausanne, Jean Borloz et Toni Cetta, leur ont consacré des mémoires de licence instructifs.

La plupart des pasteurs répondent de façon circonstanciée. Quelques-uns rédigent de minuscules notices. Ils vont jusqu’à demander une augmentation de leurs propres revenus… Pratiquement tous regardent leur troupeau à travers le prisme de l’éthique protestante. Ils dénoncent chez les Vaudois trois vices qui expliqueraient la pauvreté constatée: l’oisiveté, l’ivrognerie et le goût du luxe.

Recours à la mendicité
Seize pour cent des Vaudois, en moyenne, n’arrivent pas à joindre les deux bouts sans la mendicité et l’aide de la caisse des pauvres de la commune. Il s’agit en majorité de vieillards, de handicapés et d’enfants. Les chiffres sont très variables d’une paroisse à l’autre: tout laisse à penser que le taux dépend davantage des moyens à disposition de l’aide sociale communale que de la pauvreté réelle des habitants. Essertines compte ainsi 50% d’assistés, Aigle 24% et Payerne 6%.

Bien des pasteurs attribuent cette misère à la paresse.
Le ministre de Saint-Saphorin l’affirme: «Obliger le pauvre au travail est peine perdue. C’est pourquoi on engage de préférence des étrangers en tant qu’ouvriers.»
Même son de cloche à Cossonay: «Ils ne travaillent que s’ils sont bien rémunérés. Sinon ils choisissent la fainéantise et la misère.» A Villette, après la vendange jusqu’en février, «presque tous vivent dans une totale inaction, renfermés comme des marmottes».
Les pasteurs montrent aussi du doigt les mendiants étrangers. Pourtant l’autorité bernoise n’est pas tendre: ils sont une première fois raccompagnés à la frontière; pincés une deuxième fois, ils sont fouettés. Et marqués au fer rouge en cas de récidive. Le deuxième vice fustigé par les hommes d’Eglise, c’est l’ivrognerie. Plusieurs demandent la fermeture des cabarets où même les plus industrieux brûlent leurs économies le dimanche ou les jours de marché. Le pasteur de Savigny signale que les champs ne donnent presque plus rien parce 200 chariots de fumier par an partent engraisser les vignes. Pully abrite une auberge très prisée: «Les étrangers y viennent des environs se livrer au vin et à la débauche.»

Quant au goût du luxe, ce péché vient de la ville, où beaucoup de campagnards émigrent comme serviteurs. Ainsi, à Crassier, les femmes «s’amusent à boire le café, surtout celles qui ont été en service en ville, boisson dispendieuse qui entraîne après soi diverses autres branches de gourmandise et de dépense». A Vevey aussi le goût du café est ruineux: «Les personnes du commun le prennent en quantité avec la crème, ce qui joint à l’abondance de sucre ne peut que faire un capital considérable qui doit les appauvrir.»

Beaucoup constatent que l’émigration dépeuple des régions entières. Ainsi, dans la région de Payerne, on part travailler à Neuchâtel dans les usines d’indiennes. On y envoie même des enfants depuis l’âge de 5 ans. L’enquête montre surtout que le canton conserve sa vocation agricole, de nombreux pasteurs invitent Berne à favoriser les industries, surtout en saison froide, pour sortir les Vaudois de leur funeste léthargie.

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MessageSujet: 1763: Mr. Gibbon le Lausannois   Dim 29 Jan 2012, 21:53


1763: Mr. Gibbon le Lausannois
Source 24 Heures.ch


Cette année-là...
Chantier :
A Lausanne, construction par étapes du château de Beaulieu.
12 février :
Mort de l’écrivain français Marivaux (né en 1688).
27 avril: 
Emmenés par leur chef Pontiac, les Indiens outaouais entrent en guerre contre les Britanniques.
7 octobre: 
La Grande-Bretagne établit la Proclamation Line, qui réserve un territoire aux Indiens. La colère des colons nord-américains aboutira à la guerre de l’Indépendance.
29 octobre: 
Le marquis de Sade est incarcéré suite à des excès dans une maison close.
Le 17 août, rue de Bourg, le grand historien anglais poursuit son œuvre de diariste en français.


L'historien Edward Gibbon (1737-1794)



Ce soir-là, un gentleman mafflu, à front bombé sous une perruque poudrée à frimas, rejoint l’ élégante maison d’Henri Crousaz, un patricien lausannois qui offre gîte et couvert à des étrangers «de condition». A 26 ans, Edward Gibbon en est le spécimen le plus intéressant: érudit en diable, cet enfant de la haute roture londonienne sait tourner des rimes galantes, amuser la galerie et jouer au whist dans les gentilhommières du quartier de Bourg – au cœur duquel se trouve sa pension. Il fait aussi florès dans la villégiature de Mézery, une propriété de ses hôtes à l’ouest de la capitale.

Il parle la langue de Voltaire à merveille pour l’avoir étudiée intensivement lors d’un précédent séjour lausannois, de 1753 à 1758, dans la demeure austère d’un pasteur, Daniel Pavillard, sise au No 12 de la rue de la Cité. Du reste, c’est à la table familiale de cet excellent mentor qu’il vient de souper après une journée de distractions mondaines. Et c’est en français justement qu’il décide de reprendre un journal intime entamé dans le Hampshire deux ans plus tôt: «Depuis quelque temps, je ne fais plus rien. Les petites dissipations de la ville, le tumulte de Mesery (sic), et les changements journaliers de l’un à l’autre, me donnent plus de distractions à Lausanne que je n’en ai jamais trouvées à Londres ou à Paris. Il faut se remettre au travail.»

Presque un an
L’escale de Gibbon en Suisse ne devait être qu’une escale de trois mois, avant qu’il n’effectue son «grand tour» de l’Europe – un périple alors en vogue chez les étudiants nantis, à l’aube du romantisme – mais, dans notre cité lémanique, qui fut celle de ses meilleures études et de son premier amour, il restera jusqu’au printemps 1764. Presque un an. L’ultime page de son «journal lausannois» sera datée du 19 avril de cette année-là.

Son odyssée européenne incluant une étape dans la Ville éternelle, on sait que c’est sur la colline du Capitole qu’il concevra son dessein d’une Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain. Une somme en six volumes, qui deviendra une référence pour des étudiants du monde entier, pour des poètes majeurs anglais tels Byron et Shelley. Plus tard, ses analyses caustiques inspireront les discours de Churchill, et ses fresques narratives des idées scéniques au cinéaste américain George Lucas, auteur de la trilogie de Star Wars. Outre-Manche et outre-Atlantique, Edward Gibbon restera le parangon de l’intellectualisme humaniste absolu. Or rien ne le prédestinait à cette gloire: né en 1737 à Putney, dans le Grand-Londres, il est le petit-fils d’un bourgeois ruiné. Il perd sa mère à 10 ans. A 14, il débarque au Magdalen College d’Oxford, y tombe sous l’influence de maîtres fainéants. Il s’en affranchit en lisant un peu trop Bossuet et en se convertissant au catholicisme. Un scandale que son père parvient à étouffer en l’envoyant à Lausanne, chez ce pasteur Pavillard, qui se fera un honneur de le ramener aux principes de la Réforme: le jour de Noël 1754, le jeune Edward communie en notre très protestante cathédrale.

Son implacable mais bien-aimé précepteur lui apprend dans la foulée à perfectionner son latin, son grec ancien, les mathématiques, la géographique. A se passionner pour l’histoire. Il a 20 ans quand il tombe amoureux de la fille d’un autre ministre de Dieu, Suzanne Curchod, alias «Suzette» ou la «Belle Curchod», qui est l’enfant du pasteur de Crassier. Elle a son âge.

Des qualités de gentleman bien né
Si elle trouve à ce soupirant «de beaux cheveux et la main jolie», ses parents reconnaissent surtout au jeune Anglais des qualités de gentleman bien né. Même s’il est adipeux, avec des jambes courtes et un «visage enfoncé dans de grosses bajoues». Leur idylle fera long feu: le père d’Edward lui intime l’ordre de revenir à Londres. Quant à la «Belle Curchod», elle deviendra l’épouse de Jacques Necker, le plus brillant ministre de Louis XVI, et la mère d’une certaine Mme de Staël…

Lorsque Edward Gibbon revient, pour une troisième et dernière fois à Lausanne, en 1783, c’est pour y parachever sa puissante fresque historique et romaine. Il a encore épaissi, des infections scrotales le font claudiquer, il souffre. Mais dans le jardin de sa maison de la Grotte, en contrebas de Saint-François, il s’assied souvent au pied d’un acacia pour humer la vue vivifiante des Alpes et la lumière du Léman.

Il mourra et sera enterré dans son pays natal en janvier 1794, à l’âge de 56 ans.

Source: Ernest Giddey, Gibbon à Lausanne, Musée historique de l’Ancien-Evêché, 1976

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MessageSujet: 250 ans dans la vie des Vaudois   Dim 29 Jan 2012, 21:45




1762: naissance et mystères
Source 24 Heures.ch

Première page du premier numéro conservé de l'ancêtre de 24 heures




Cette année-là

A feu et à sang:  
La guerre de Sept Ans (1756-1763) oppose la France à la Grande-Bretagne, et l’Autriche à la Prusse. L’Europe est touchée comme les colonies (Amérique du Nord, Antille et Inde).
5 janvier:  
La tsarine Elisabeth Ire de Russie meurt. Son fils, Pierre III, lui succède.
Religion:  
Les Jésuites sont expulsés de Guyane.
6 octobre: 
L’amiral britannique Samuel Cornish s’empare de Manille aux Philippines.
A l’opéra: 
Création, à Vienne, de l’opéra Orphée et Eurydice, de Christoph Willibald Gluck.

L’ancêtre de 24 heures, Annonces et avis divers, voit le jour en juin 1762.

Le brouillard reste entier sur le contenu du premier numéro et des 22 suivants. Aucun exemplaire n’a été conservé. On sait pourtant, par déduction, qu’Annonces et avis divers est paru la première fois le mardi 29 juin 1762.

La 24e sortie, datée du 7 décembre, se compose de quatre feuillets in-quarto (18 x 23,5 cm) et ne propose que des annonces, des conditions demandées et offertes (entendez offres et demandes d’emplois), une rubrique effets trouvés, le prix des blés, des pains et des vins, un cours des changes et un petit texte poétique non signé dédié à l’automne. Vraisemblablement un bouchon, soit quelque chose qu’on imprime lorsque de la matière manque. «On offre à vendre un tour de lit vert à un prix raisonnable. On s’adresse au Bureau qui indiquera la personne.» Le bureau d’avis est une boutique dans laquelle on déB*** les marchandises du propriétaire, comme les objets ou marchandises offertes par des tiers et annoncés dans le journal.

Le titre de la publication, Annonces et avis divers, se maintient au moins jusqu’en octobre 1764. Les numéros conservés de 1766 portent le nom de Feuille périodique. Dès 1779 apparaît Feuille d’Avis à Lausanne chez Duret, et en 1800 Feuille d’Avis de Lausanne (FAL). Le mardi reste le jour de parution. La collection n’est complète que depuis 1818.

David Duret, fils de boulanger

David Duret, le fondateur, est fils d’un boulanger d’Etagnières établi à Lausanne. Baptisé dans cette ville le 12 mars 1733, il perd son père à 13 ans et sa mère à 15. Il épouse la Lausannoise Jeanne-Esther Delisle en 1758 à la Cathédrale. Trois fils naissent de cette union, Daniel, Samuel-Gabriel – qui décède à trois mois – et François-Louis. La mère quitte ce monde à 44 ans. David Duret élève alors seul ses deux fils. Son contrat de mariage mentionne l’existence d’une boutique, sans plus de précisions. Elle se trouve à la base du bureau d’avis.

D’où lui est venue l’idée de lancer un hebdomadaire? Une piste remonte à 1737 et à la création du vrai premier journal lausannois, la Gazette de commerce. Editée par le notaire bernois Sigmund Wagner, la publication n’a tenu qu’un an. Elle avait l’ambition de couvrir la Suisse française avec des bureaux dans le Pays de Vaud, mais aussi à Neuchâtel, Fribourg, Genève et Bienne. Celle qui deviendra la Feuille de commerce publiait parallèlement aux avis un supplément traitant de littérature, d’éducation et de politique. M. Wagner possédait aussi le Bernisches Avis-Blättlein (BAB), toujours en activité en 1762.

David Duret le connaît et se dit qu’un équivalent francophone doit pouvoir rapporter. Moins ambitieux que la Feuille de commerce, mais avec pour but de toucher les autres villes du Pays de Vaud, l’ancêtre de la FAL s’imprime donc avec la bénédiction des autorités lausannoises. Très vite, Sigmund Wagner fait opposition, s’estimant lésé dans le privilège d’exclusivité que lui accordent, de dix ans en dix ans, LL.EE. de Berne pour la publication de son BAB. Un compromis est trouvé: Duret paye une indemnité annuelle de 4 couronnes à Wagner et fait imprimer sur sa feuille «Par permission requise et approuvée de LL.EE.» L’accord est valable jusqu’en 1765.

Intervient alors un premier cas de censure. «Ce n’est pas sans consternation que nous apprenons que divers ressortissants de LL.EE., de l’un et l’autre sexe, sont attirés hors du pays, et que c’est la feuille d’avis créée récemment à Lausanne qui leur en donne l’occasion, par des annonces dans lesquelles de nombreux domestiques sont demandés pour des emplois à l’étranger, et ensuite engagés par des agents dans le pays et expédiés au dehors.» Le gouvernement bernois, qui ne tolère pas la mobilité de ses sujets, écrit ces mots courroucés au bailli de Lausanne fin 1764. Il faut que ça cesse: interdire à l’éditeur de publier pareilles annonces. Au bailli d’exercer, à l’avenir, un droit de regard sur le contenu de la feuille.

Cet incident n’empêche pas David Duret d’obtenir, l’année suivante, le droit de publier son journal en exclusivité sur terres vaudoises, tout en continuant de régler l’indemnité annuelle à M. Wagner. Ce droit, Duret l’acquiert pour dix ans.

Source: Deux cents ans de vie et d’histoire vaudoises , Payot 1962.

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Dernière édition par karine73 le Dim 29 Jan 2012, 21:55, édité 2 fois
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250 ans dans la vie des Vaudois

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